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Acte 1 : Les prêches

De nos jours il y a peu de protestants dans nos campagnes mais il n'en fut pas toujours ainsi.

A défaut de rédiger un article concernant la théologie protestante des premiers temps ou même l'histoire de Luther ou de Calvin, voici un premier résumé des actions protestantes dans notre secteur.

LutherPrecheA partir de 1539 la Réforme, sous sa forme calviniste plus particulièrement, va se répendre dans la châtellenie de Lille. En 1546, 14 Lillois sont l'objet de poursuites judiciaires. Les départs vers l'étranger s'organisent. On compte approximativement le quart de la population de la châtellenie qui est séduit par les idées nouvelles. On refuse de payer la dîme en 1553, on s'assemble à Bondues et à Tourcoing pour écouter prêcher, on est spectateur de la farce de Mouvaux en 1563.

    Les autorités ne semblent pas empressées à rétablir l'ordre et même sont parmi ceux qui s'interessent à cette nouveauté. Jean Boussemare, lieutenant du bailli de Mouvaux est privé de sa charge après la fameuse "farce". Lorsque les fauteurs de troubles sont punis, ils ne le sont que légèrement.

    Le clergé trop peu nombreux, les échanges commerciaux et donc des nouvelles accélérées, le message nouveau est accessible et simple, à la porté de tous. Ce sont autant de facteurs qui facilitent l'arrivée des idées nouvelles.

    En 1556-1566 les temps sont durs, c'est la crise dans le textile. La noblesse des Pays-Bas est en rebellion contre le pouvoir espagnol, elle demande la suppression de l'Inquisition et semble ainsi acquise aux idées de la Réforme. On s'affiche maintenant Calviniste. Des assemblées de 300 à 3000 personnes ont lieu dans la châtellenie.

    Le clergé catholique est sur la défensive. Les curés du Ferrain, ainsi que ceux du pays de Weppes, font des rapports alarmants. Ils disent qu'il ne leur est plus possible de "se maintenir en leurs cures"; "le grand désordre et méprisement" que manifestent "la plus grande part" de leurs paroissiens "touchant la sainte messe et l'office divin" ne leur permettront plus de faire respecter "le sainct dimanche ni aultres festes commandées en l'église catholique...; avant peu de temps, il n'y aura plus ni messe ni confession".

    En août 1566 les Gueux s'attaquent aux églises détruisant les statues, tableaux, vases sacrés. Les confréries d'archers des communes sont divisées entre Calvinistes et Catholiques et ne peuvent se résoudre à intervenir. Des bandes de pilleurs se mêlent aux Gueux. Le pouvoir royal intervient et exécute quelques pillards.

    L'exile reprend de plus bel vers l'Allemagne, Canterbury en Angleterre où une Eglise Réformée Wallonne est créée en 1568, aux Pays-Bas à Leyde à partir de 1575. Tous les départs ne sont pas seulement motivés par l'incompatibilité des fois mais aussi par les conditions économiques.

    Finallement entre les exécutions, les exils et les reconversions le protestantisme disparait apparement de la région mais les autorités romaines sont en alerte et redoutent un retour de l'hérésie. Jusqu'en 1595 on fait des procès contre ceux qui continuent à professer des idées réformées. L'occupation hollandaise de 1708-1713 va permettre aux Calvinistes de reconstruire leur église dans la châtellenie.


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Le récit de la farce de Mouvaux


Le dimanche 4 juillet 1563 le curé de Tourcoing, Pierre Famelart, qui avait dîné chez le bailli en compagnie d'un échevin, Cornille Michiel et d'un sieur de Vertbois, s'en revenait, s'apprêtant à reconduire celui-ci à Flers, lorsqu'on l'avertit que les habitants de Mouvaux allaient donner l'après-midi même une comédie sur la place du village. Aussitôt il décide de passer par Mouvaux et de s'y arrêter pour assister au spectacle annoncé et juger s'il n'est pas subvertif.

Les acteurs improvisés se font d'abord applaudir dans la parodie d'une scène biblique inspirée du livre de l'Exode: l'adoration du veau d'or. Famelart, qui a suivi avec attention le déroulement de l'action, n'y voit rien "de contraire à la foi de notre mère l'Eglise catholique", bien qu'il trouve étrange que, pour former le veau d'or, les femmes israëlites offrent, non seulement leurs bijoux, mais aussi des "chapelets", objets de dévotion chers aux catholiques romains, mais rejetés avec horreur par les protestants. Y aurait-il quelque huguenoterie là-dessous ?

La farce suivante lui ôte tout doute à ce sujet, car elle est une attaque en règle du clergé catholique et des abus que les réformateurs lui reprochent. Quatre personnages sont en scène: un prêtre catholique et trois figures allégoriques, savoir la Vérité, la Convoitise, la Simonie. La Vérité s'approche du prêtre et lui rappelle quelques maximes évangéliques: "Si tu as deux tuniques, donnes-en une à qui n'en a pas" - "Nourris ceux qui ont faim" sans attendre de "rénumération" (récompense). Le prêtre, effrayé par l'austérité de ces préceptes, s'écarte et recherche un maître moins sévère. Survient alors la Convoitise, qui lui promet de le "vêtir de velours de soie" et de lui donner "le meilleur temps du monde". Le prêtre juge tout cela excellent et s'empresse de recouvrir d'un drap la Vérité, afin qu'elle soit cachée à ses yeux, et ne l'importune plus. Le terrain ainsi préparé, la Simonie entreprend le prêtre à son tour. En se rangeant sous sa bannière, il ne connaîtra jamais la "pauvreté": il lui suffira d'élever des "statues de saints dont on servira les images" en de grandes fêtes et devant lesquelles on brûlera des chandelles; de faire de "petits services" à "petites cloches" pour les pauvres, des "grands" à "grosses cloches" pour les riches, de vendre les "sacrements", de ne célébrer aucun mariage "sans avoir la pièce à la main". De plus, comme certains "évêques, archevêques, cardinaux et papes", il pourra disposer à sa guise de "femmes, tant mariées que veuves ou religieuses" ! C'en est trop pour la Vérité, qui, rejetant le drap qui la dissimulait aux regards, se relève et apostrophe les "faux prophètes" que sont la Convoitise et la Simonie, en les menaçant des fléaux de l'Apocalypse.

Indigné par ce qu'il a vu et entendu, qui, selon lui, tend à "abolir et confondre totalement l'Eglise et ses observances", le curé Famelart informe immédiatement l'évêque de Tournai, qui, le 12 juillet, dépêche à Tourcoing Jacques de Male, "notaire apostolique et impérial, greffier de la Cour spirituelle de Tournai", à l'effet d'enquêter sur cette affaire. De Male interroge divers témoins en l'"Hôtellerie de l'Ange" sur la Grand'place. Outre le déposition de Pierre Famelart, il reçoit celle du curé de Mouvaux, Alexandre Darmon, qui fait part de son accablement: les spectateurs s'étaient grandement réjouis pendant la représentation, certains allant jusqu'à dire à haute voix que "les gens d'église avaient trop longtemps séduit le peuple... et qu'on les devait assommer", d'autres clamant que "c'était le dernier coup de la messe" et que désormais "on n'irait plus à la messe".

En dépit de la gravité des faits, les sanctions furent légères, ce qui tendrait à prouver que les magistrats étaient soit secrétement acquis à la Réforme, soit, sans y adhérer complètement, qu'ils tenaient pour vrais les abus dénoncés, soit encore qu'ayant pris conscience de la force du protestantisme local qu'ils aient préféré modérer les condamnations. Les acteurs d'occasion, tous habitants de Mouvaux : Antoine et Michel Cardon, Jacques Lorthioir, Jean Destombes, Loys Prevost, Pierre et Jean Boussemare, s'en tirèrent en payant une amende et en faisant deux "escondits" (cérémonie expiatoire qui consistait à se rendre à l'église, en chemise, un cierge à la main), l'un en l'église Saint Etienne de Lille, l'autre en l'église paroissiale de Mouvaux. En outre Jean Boussemare, lieutenant du bailli de Mouvaux, fut privé de sa charge.
 
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